Autre témoignage sur l’attaque de Larche, février 1944.

Par l’intermédiaire de ce site, nous avons été contactés par le fils de monsieur André Farrant, né en 1925, mort en 2012.

Monsieur Hervé Farrant nous dit que son père était entré en Résistance en 1943 sous le nom de code « Jean ». Dans les années 1980, il s’est décidé à raconter ses souvenirs sur un cahier d’écolier. Voici la photo d’André Farrant, prise en 1943,  dit son fils.001 (29)              Cliquer sur la photo pour la voir en entier.

Ci-après un extrait de ce qu’il a écrit à propos de la mort de Charles Piquaud, le 3 février 1944 à Larche (19), tel qu’il l’a noté dans son cahier: « …Nous étions maintenant au mois de février, et nous n’avions fait aucune opération, seules l’instruction militaire et les manœuvres avaient été notre préoccupation et la coordination du groupe était devenue parfaite. Mais ce jour ne devait pas tarder et malheureusement notre premier tué.

Nous partions à sept, l’ancien restait au camp pour faire la garde et la cuisine, pourtant il aurait bien voulu nous accompagner. Armés jusqu’aux dents et tout à la joie de faire le coup de feu, nous embarquâmes dans une camionnette, notre mission était de nous rendre à Larche, qui se trouve sur la route Périgueux-Brive.

Nous devons attaquer le chef de la milice départementale, le docteur Lejeune. Nous laissons la camionnette dans une rue avoisine, et nous nous mettons en position de combat, dans la rue, le peu de gens que nous rencontrons ne demandent pas leur reste, et les volets se ferment, car personne n’est pas sans savoir pourquoi nous sommes là.

Le tir commence; presque tout de suite les miliciens se replient dans le pavillon et nous, presque à découvert dans le caniveau, juste les petits murets des pavillons pour nous protéger. C’est un tir d’enfer des deux côtés, et voilà, cela fait une demi-heure que nous sommes là, il faut en finir, car les boches de Brive ou de Périgueux ne vont pas tarder à arriver, vous pensez bien que  ces salauds ont dû les prévenir. Mon camarade de Saintes ( Piquaud) est devant moi à cinq mètres dans le caniveau, il a lancé ses grenades, la porte en a pris un coup, pendant ce temps là, je tire sans arrêt, je lui demande de prendre ma place, que je vais lancer mes grenades et qu’il me couvre, « non, me dit-il, reste où tu es, passe moi tes grenades et couvre moi, bon,je lui dis « .

Je le vois dégoupiller sa grenade, se lever pour la lancer, mais il tombe à genoux, il a la grenade sur son ventre, je m’approche, mais je vois une petite fumée bleue qui sort de dessous lui, il a dû lâcher sa cuillère, il n’y a que trois secondes pour que ça saute, je me fais tout petit dans le caniveau, les mains sur la tête car nous n’avons pas de casque,  je ne peux m’empêcher de regarder mon malheureux camarade, tout à coup une explosion, il  fait un bond d’un mètre, des éclats volent, plus rien, il ne bouge plus, que faire, les miliciens tirent toujours, impossible de le récupérer et puis un ordre de repli nous parvient, des camions de boches nous sont signalés, aussi nous décrochons, non sans avoir regardé une dernière fois mon cher camarade, quelque chose vient de se casser en moi. » (extrait du cahier recopié par monsieur Hervé Farrant et trancrit en l’état).
Dans son cahier, André Farrant parle d’une rencontre faite des années plus tard où il a eu l’occasion de parler à nouveau de Charles Piquaud:  » J’étais à l’hôpital de Versailles en juin 1980 pour une opération, et lorsque je pus me lever, je commence à circuler dans le couloir et dans ces lieux. On n’a pas beaucoup de distraction, aussi je rentre en relation avec une dame dans les 60 ans qui faisait les cents pas. Je lui dis bonjour, et ce que peuvent se dire des gens opérés. Quelle opération avez vous ?………..elle me dit quelle était de Larche en Corrèze………après notre retraite ( après l’attaque de la maison Lejeune, son père M. Lastase, qui demeurait juste en face où s’était passée l’attaque, fut le premier à être sur les lieux, il mit une couverture sur le corps.
Depuis une plaque a été déposée à l’endroit…… » charles piquaud, larche

Le nom de Charles Piquaud apparaît aussi sur le monument aux morts de la ville de Saintes avec d’autres noms de personnes mortes au combat au cours de la seconde guerre mondiale.

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