Attaque d’un train à Noailles le 7 juin 1944

Dans « Maquis de Corrèze » p 462 de l’édition de 1971, on peut lire le témoignage suivant de Adrien Picard:

« A Noailles, le 7 juin, les postes d’embuscade AS commandés par le lieutenant Barthez, sont placés sur la nationale 20, surplombant la voie ferrée de 50 mètres et éloignée d’elle de plusieurs centaines de mètres. La voie  a été coupée la veille par déboulonnage.

Les Allemands descendent donc du train pour réparer. les maquisards ouvrent le feu sur eux. Les armes du train ripostent. La bataille fait rage pendant 3/4 d’heure. Des maisons brûlent. Les maquisards ont 3 morts et 2 blessés, et ils décrochent sous le feu.

Des Allemands montent du ravin et trouvent sur la route les 2 blessés qu’ils emmènent avec eux vers le train, tirant l’un d’eux avec une corde… »

Des adhérents du comité ANACR secteur d’Objat, en promenade à la Tremblade (17), ont pris en photo la plaque suivante fixée sur un gros rocher en face du monument aux morts sur la place de la mairie de ce village:

On sait donc que le « plus blessé des 2 » a été aussitôt jeté vivant dans le foyer de la locomotive. Quant au deuxième prisonnier, il est mort à Brive, après avoir été affreusement mutilé.

Une autre stèle, située au nord de La Tremblade, au lieu-dit la Piane, mise sur un « chemin de mémoire », est à voir. Le plus célèbre des passeurs du groupe franc marin  Armagnac est le sergent André Lecêtre, une figure dans le secteur de la Seudre . Il a été tué lors d’une de ses incursions sur la rive gauche de la Seudre le 12 avril 1945 soit deux jours avant le déclenchement de l’offensive française.

 

 

 

Download PDF

Des destins plus souriants

Nous avons parlé, à plusieurs reprises sur ce site, de Résistants du groupe Jean Robert qui ont eu une fin tragique dans les bois du Vaysse :  «  Mario », abattu en avril 1944, « Toutou » exécuté après avoir été torturé en juin 1944.

Nous avons parlé de «  Michel », le « pendu d’Uzerche », le même jour que les pendus de Tulle, de «Mataf », grièvement blessé en janvier 1944, mort de retour à Casablanca en 1945. ( voir « historique » sur la page d’accueil)

Nous avons parlé, bien sûr, de « Barnabé » et de « Blazy », arrivés dans nos bois dès la création du camp  du groupe Jean Robert par « Jo » Guérin, en novembre 1943, le premier, réfugié lorrain, le deuxième, venant de Villeurbanne. Ils ont été de toutes les attaques auxquelles ont participé ce groupe. Ils étaient à Tulle le 7 et 8 juin 1944. Ils étaient à quelques mètres des Allemands quand Toutou a été arrêté et que Rescapé a tiré sur un soldat allemand à Rouffignac d’Orgnac le 16 juin 1944.

Ils n’ont pas eu à déplorer de blessure grave et ont pu poursuivre les Allemands jusque dans « la poche de Royan », plus précisément du côté de la Pointe de Grave, à Port Richard dans le Médoc, et même jusqu’en Alsace. Mais ils sont ensuite revenus à Vignols, à la fin des hostilitésBarnabé le très jeune réfugié lorrain, Blazy, venu de Villeurbanne pour fuir le STO en Allemagne.

René Chaillet, dit Barnabé, est revenu à Vignols pour se marier avec Thérèse Singens qui faisait partie des légaux et servait d’agent de liaison pour le groupe J Robert (elle avait donné les 1ers soins à Mataf et l’avait caché dans une grange chez ses parents avant qu’il ne soit conduit  à Clairvivre pour être opéré).

Deux anecdotes à propos de René Chaillet qui se situent juste après la guerre :

  • Il travaillait aux Carrières de Vignols avec Robert Fritte, un autre réfugié, mais quand celles-ci ont fermé définitivement, ils ont été employés temporairement par la mairie afin de créer le stade de football à l’emplacement actuel. Ils travaillaient sous les ordres de l’entreprise Terrier et ont creusé et tracté des brouettées et des brouettées de terre. Le stade a été opérationnel dès 1947 et est toujours utilisé.
  • Si vous avez lu, sur ce site, le témoignage de Barnabé, vous savez qu’il était excellent cycliste. Toujours dans ces années d’après guerre, il participait à des courses cyclistes les jours de fêtes votives et une Vignolaise se souvient de quel plaisir c’était de voir sa jolie petite fille Christiane l’encourager et applaudir à ses victoires.

André Mérat, dit Blazy, est lui aussi revenu à Vignols pour se marier en 1947             avec Jeanne Vigier dite Jeannette. Elle aussi aidait les Résistants avec sa mère.           Elles ont d’ailleurs été arrêtées par la milice et conduites à Brive puis à Tulle en             même temps que Madame Villeneuve et que monsieur Gérodolle le boulanger de           Saint-Solve. Heureusement, elles ont été relâchées assez vite. Monsieur et                     madame Mérat ont habité quelques temps à Saint-Solve puis  sont partis à                     Villeurbanne où il a repris son métier. Mais encore une poignée de Vignolais se               souvient d’eux et de leurs enfants car ils revenaient tous les ans passer les                     vacances d’été sur la commune de Vignols.

Monsieur Chaillet et monsieur Mérat nous ont quittés il y a quelques années. Nous avons eu la chance de pouvoir recueillir le témoignage de René Chaillet il y a 15 ans. Par contre, nous n’avons pas pu enregistrer celui d’André Mérat. Quand il venait en vacances, nous le voyions toujours avec le sourire, toujours aimable, participant à la vie du village, mais il ne souhaitait pas parler de ses années de guerre, souhait que tout le monde respectait bien sûr. Nous ne possédons pas de photo de lui non plus si ce n’est celle où il est assis à côté de Mario dans les bois du Vaysse en novembre 1943 ou celle où il accueille Gerhard Leo dit «  le Rescapé » avec certains de ses copains du maquis à la stèle de la Garédie des années après son temps de Résistance.

Download PDF

Juin 1944 à Voutezac

En novembre 2016, un membre de notre comité ANACR secteur d’Objat reçoit une lettre manuscrite de monsieur Rémy Landy (9 ans en 1944) accompagnée d’un témoignage.

Nous vous le mettons ci-dessous tel que nous l’avons en notre possession.

« Souvenir anodin de 1944 : les deux malles.

Un certain jour de juin 1944, le petit Rémy, 9 ans, regarde par la fenêtre de la chambre, en haut de sa maison (C’ est maintenant au 4 rue de la Forge à Voutezac). Sur la route du Saillant, au tournant des Mégenies, il aperçoit un convoi militaire qui monte lentement : les Allemands !

Plus tard dans la matinée, par la fenêtre de la cuisine, il les regarde installer leur mitrailleuse, juste devant, dans le pré qui jouxte la maison Gargot. De quoi balayer d’une rafale la route d’Objat (car il n’y avait pas encore le futur garage Raynal pour boucher la vue) et même au besoin celle de Ceyrat.

Plus tard encore, on frappe à la porte d’entrée. Quand la maman du petit Rémy ouvre la porte d’entrée, trois hommes se présentent : deux Allemands en uniforme et, en civil, le triste Français milicien qui interroge :

-« Votre nom ?

-Landy.

-Où est votre mari ?

-Prisonnier de guerre en Allemagne à Lübeck, oflag XC. ( heureusement, ils ne savaient pas que, du côté de mon père, mes deux oncles étaient à Buchenwald / Dora et que mes deux tantes étaient à Ravensbrück, camp dont l’une ne reviendra pas).

 -Connaissez-vous un certain Maurice Monteil ?

 -Non ; vous confondez peut-être avec le nom d’un village des environs. »  (cette réplique, ma chère Maman, cela n’était pas la peine de la dire, et elle pouvait même être dangereuse pour les habitants de ce hameau l)

Et maintenant, les « Boches » et leur acolyte vont- ils entrer pour perquisitionner ? On peut tout craindre depuis leur terrible passage d’avril* ! Mais non, ils repartent : ma mère a dû leur paraître naturelle et sincère – et personne n’a dénoncé notre écoute quotidienne de la << radio des Anglais », celle qui nous prévenait par son slogan : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » ; et puis, s’appeler Landy, ce n’est pas Corrézien, mais c’est tout de même plus sûr que Weil ou Lévy !

Or nous l’avions, sans le savoir, échappé belle. Dans notre garage se trouvaient deux grandes malles abandonnées là en 1940, au moment de sa fuite vers les Etats-Unis, par le père d’une jeune femme, [en ce temps-là épouse de l’un de mes oncles, mais plus tard maîtresse d’un officier allemand et probablement dénonciatrice de leur réseau de résistance parisien.] Parti sans laisser d’adresse, jamais il ne revint nous voir, ni en 1945, ni plus tard.

Après son retour de captivité, mon père finit donc par ouvrir les malles où l’on découvrit…deux revolvers. Ce fut une belle peur rétrospective ! »

*   Voir événements du Saillant ( + archives Avril 2016,2015,2014)

Nous adressons nos remerciements à monsieur Landy pour ce témoignage et pour la confiance qu’il nous témoigne en nous permettant de le porter à la connaissance de tous.

Download PDF

Monsieur Jean Baptiste Lafarge, alias « La Borne »

Le fils de monsieur Lafarge nous a prêté des documents concernant la période de Résistance de ce dernier.

Monsieur Lafarge Jean-Baptiste a 20 ans en 1944 et vit avec sa famille à Allassac où il travaille dans la boucherie de son frère.

Il est approché, dès janvier 1943, par monsieur Pierre Normand, chef de centre AS d’Allassac ainsi que par Jean Graffeuil, adjoint au chef de centre,  qui lui demandent de se tenir prêt pour partir dans le maquis dès qu’on lui en donnera l’ordre. Cet ordre arrive le 10 mai 1944.

Il participe avec son groupe AS à des sabotages sur le secteur, des coupures de lignes de téléphone entre Allassac et Estivaux en juillet 1944.1 - Maquis 1944 M Lafarge est allongé, 2ème à gauche.

Une anecdote : avec d’autres, il attend quatre nuits de suite un parachutage … qu’ils ne verront pas arriver ce qui énerve ce jeune homme qui a envie d’actions.

Après le 21 août 1944, il part à Bordeaux où il se retrouve dans une caserne avec le grade de 2ème classe du 21ème bataillon de la 23/33ème compagnie FFI. (C’est là aussi qu’ont été cantonnés au départ les Résistants de la cie FFI 23/35ème avec les survivants de notre détachement Jean Robert, voir dans « historique » après septembre 1944).

5 - Caserne a Bordeaux 30-09-1944

          Il est assis sur l’aile gauche de la voiture.

Ils sont un groupe à trouver qu’on les laisse de côté des batailles qui se déroulent dans la région et accepte avec eux la proposition faite par le commandant « PHI-PHI » de rentrer dans leurs foyers.

Après le 6 octobre 1944, il entre au 34ème bataillon FTP de la 23/92ème compagnie où il est muté à la Compagnie d’Allassac des Milices Patriotiques Républicaines.

Autre anecdote: Longtemps après la guerre, alors qu’il passait des vacances avec son fils dans la maison familiale d’Allassac, il a fait remarquer, dans la chambre que ce dernier occupait à l’étage, une légère irrégularité entre deux lattes du plancher. Il en a soulevé une, dévoilant une niche entre plancher et plafond du rez-de-chaussée, et dit à son fils que là, il cachait des armes en 1944.

Merci à monsieur Lafarge de nous avoir prêté des documents prouvant les états de service de son père dans la Résistance ainsi que des photos.

Il souhaiterait savoir si vous reconnaissez le lieu et des Résistants sur ces photos de 1944 ou si vous avez entendu parler de J Baptiste Lafarge dit « La Borne », d’Allassac , dans l’AS puis dans les FTP. Ecrivez-nous. Nous transmettrons.

Download PDF

André Mérat dit « Blazy »

André Mérat habitait à Villeurbanne où il travaillait, au moment de la seconde guerre mondiale, comme magasinier au sein des établissements « Berliet ». 

Né en 1922, il a été réquisitionné pour partir travailler en Allemagne au titre du STO, alors il a décidé de prendre le maquis et a suivi une filière bien connue des Résistants FTP français qui l’a conduit directement en Corrèze.

Il s’est trouvé avec « Jo » Guérin, « Olive » Boyer, « Michel » Chauvignat et d’autres sur le secteur de Turenne en basse Corrèze dans le camp Grandel fondé par Edouard Valéry, alias « Justin ». [Pour en savoir plus sur l’existence de ce camp et sur tout le travail effectué par les Résistants qui s’y trouvaient, nous ne pouvons que vous conseiller de vous procurer le livre d’Elie Dupuy « Le parcours d’un « terroriste » ordinaire » en vous connectant sur le site www.anacrcorreze.fr]

André Mérat a fait partie du groupe d’une dizaine de personnes qui ont suivi « Jo » Guérin quand il a été demandé à ce dernier d’implanter un nouveau camp dans le Vaysse, le groupe Jean Robert.

Il est ensuite resté dans le groupe Jean Robert jusqu’à la fin de l’existence de ce groupe FTPF.

 

Il a d’ailleurs rencontré sa future femme dans la Résistance :

  • Jeannette Vigier et ses parents faisaient partie de ces légaux qui ont rendu la vie possible à ceux qui devaient se cacher dans les bois car considérés comme « hors-la-loi » et « terroristes ». Elles apportaient ravitaillement et renseignements. Jeannette et sa mère ont fait partie de ceux qui ont été arrêtés lors de la rafle de Saint-Solve suite aux évènements du 8 avril 1944 dans le Vaysse. Elles ont été conduites à Brive puis à Tulle avant d’être relâchées. 

Après 1947, date de leur mariage, André et Jeannette sont restés vivre à Saint-Solve pendant quelques années avant de repartir à Villeurbanne où monsieur Mérat a repris son ancien métier. Il est décédé à l’âge de 74 ans.

 

Une anecdote : Claude Gauthier d’Orgnac(19) nous a raconté que « Blazy » faisait le pain pour le maquis. Il faisait cuire les fournées dans le four de la ferme Gauthier à Rouffignac.

 

Monsieur Mérat était un homme affable, toujours souriant, très discret. Quand sa famille et lui revenaient à Vignols pour passer quelques jours de vacances en été, il revoyait bien sûr « Jo » Guérin, Henri Gounet et quelques « anciens » pour se promener dans le Vaysse mais il ne racontait pas son vécu de la guerre.

 

Nous n’avons que peu de photos de lui si ce n’est celle prise probablement par le « lieutenant Michel » lors de l’installation du premier camp Jean Robert et celle, des années plus tard lors d’une visite de Gerhard Leo alias « Rescapé ». (Il est derrière Henri Gounet et Gerhard Leo. De l’autre côté de la stèle de la Garédie, Pierre Guérin)

Les voici :Blazy

A droite de la stèle de la Garédie, Jo Guérin, à gauche en blanc, Gerhard Leo à côté d'Henri Gounet; derrière,  André Mérat dit "Blazy"

 

Sans titre

Download PDF

Août 1944, Brive

Nous revenons sur le témoignage de monsieur Roger Reynal alias Maurice ou Raton.

Il nous avait raconté une anecdote concernant le drapeau de la FOP que son père avait accepté de garder chez lui. (la lire en cherchant dans « anecdotes » ou dans « témoignages » ).

Il nous avait parlé aussi de deux autres drapeaux qui étaient en sa possession depuis août 1944 et qu’il avait prêté au comité ANACR d’Objat pour la première exposition réalisée sur la Résistance dans la basse-Corrèze en 1992, drapeaux mis sur le toît du lycée Cabanis par un groupe de FTPFdont il faisait partie, le jour de la Libération de Brive.

Après son décès survenu le 19 septembre 2014, les enfants de Roger Reynal ont trouvé des notes explicatives avec ces trois drapeaux. Ils ont eu la gentillesse de  nous  envoyer les photographies de ces documents. Nous les mettons ci-dessous.

union pour la paix universelle Le drapeau de la Fédération Ouvrière et Paysanne (FOP),section de Voutezac, avec une belle devise au centre « union pour la paix universelle » et aux quatre coins du drapeau: Paix, justice, travail, liberté.

drapeau Cabanis 1    drapeau Cabanis 2bis   Cabanis PCF (2) 

(Pour lire le texte écrit par monsieur Reynal, cliquer sur le document1 puis le 2.)

Les drapeaux ont récemment été offerts au musée Michelet de Brive par les enfants de Roger Reynal.

 IMGP3763bis Roger Reynal est resté un membre actif et bienveillant de notre comité jusqu’au bout. (photo prise en avril 2013)

 

Download PDF

A propos de la mort de « Mario » le 8 avril 1944

Témoignage de monsieur André Chouffour,  enregistré en novembre 2014.

« J’ai vu récemment la brochure faite sur le groupe Jean Robert dans le Vaysse avec la photo de Mario mort et installé dans son cercueil. Des souvenirs sont remontés à la surface car j’étais présent au moment où cette photo a été prise.

Lorsque la mort de Mario a été sue, nous avons été quatre désignés par la mairie pour aller récupérer le corps le dimanche. Il y avait Albert Parveau, fils du maire, son beau frère Jean Piette, Gaston Geneste et moi, André Chouffour.

Albert attendait à l’usine Parveau, là où nous devions emmener le corps de Mario puisque c’était là que le cercueil devait être fabriqué.

Piette et Geneste sont venus dans notre village (La Chassinie) pour me retrouver. J’avais en effet à la ferme un cheval et une remorque; c’était nécessaire pour transporter le corps.

 Nous sommes allés à l’endroit où était tombé Mario en prenant des chemins différents. Mais quand nous nous sommes retrouvés à la gare du Vaysse, le cheval n’a plus pu avancer. Les Allemands avaient mis le feu, ce n’était pas facile pour lui. Alors les 2 autres ont continué en direction de l’endroit où on leur avait dit qu’ils trouveraient Mario. Seulement, ils ne savaient pas exactement où était le camp des maquis. Ils sont revenus bredouilles et on est reparti tous les 3 pour chercher ensemble, une fois que j’ai eu attaché mon cheval.

Quand on a trouvé le corps, on l’a plié dans une couverture et on l’a remonté comme on a pu jusqu’à la charrette. On  a mis longtemps car ce n’était pas facile. Arrivés à la Garédie, en face d’une petite maison, chez Loubriat à l’époque, chez Denis maintenant, Gaston Geneste nous a fait arrêter, a pris son couteau, a commencé à couper des fougères pour mettre Mario sur ce lit de fortune. Nous trouvions ça plus correct.

Nous sommes repartis. A Lardailler, Gaston est rentré chez lui, puis plus loin à la ferme Parveau, Jean Piette s’est arrêté. J’ai continué jusqu’à l’usine où attendait Albert Parveau. Il râlait car il trouvait qu’on mettait longtemps.

Je lui ai dit : « Ecoute, Albert, on n’a pas fait comme on a voulu. » Alors il a répondu : «  Allons, travaillons ». Il avait installé des tréteaux, les planches du cercueil dessus. On a mis une couverture et posé mon Mario là. Il l’a débarbouillé, lavé ses mains. Quand il a soulevé Mario, j’ai été surpris car il avait un trou dans le front devant mais sa tête était toute éclatée par derrière. J’ai été très choqué.

Albert a mis une autre couverture puis, au moment de poser une planche sur le cercueil, il a dit : « Attends, soulève le cercueil et tiens le par-dessous, légèrement incliné. Je vais le photographier mais reste bien dessous ; il ne faut pas qu’on te voit. » Voilà pourquoi cette photo remue tant de souvenirs en moi. Je suis sous les planches !

Je me rappelle très bien comment était Mario quand on l’a trouvé : il avait un aspect « jauni » .(Les Allemands avaient essayé de faire prendre le feu mais dans le Vaysse  il n’y avait pas de sapins, les châtaigniers brûlent plus difficilement). Il avait les jambes mitraillées. La balle dans le front dont vous voyez bien la trace sur la photo, ça a dû être le coup de grâce. Ca ne faisait qu’un petit point rouge.

Je n’avais jamais vu de tué par balle. Je n’avais pas encore dix-sept ans. Je peux vous dire que ça choque. Aussi, quand j’ai vu l’état de sa tête derrière, j’ai eu un mouvement de recul.

Une fois Mario prêt, nous avons mis le cercueil sur la charrette et je suis parti à la mairie. Toto Terrier m’a aidé à le décharger et à le mettre dans la salle des fêtes (attenante à la mairie, à côté de l’église). Je suis parti, je ne sais pas pour la suite.

Sur le déroulement de l’enterrement le lundi de Pâques, je ne peux rien dire, je n’y étais pas. Je suis parti aussitôt après ce dimanche. C’était le jour du baptème de Gilles, mon cousin de Saint-Solve. J’étais attendu. »

IMGP0155

Monsieur Chouffour, né en 1927, 87 ans lors de l’enregistrement de ce témoignage.

Download PDF

Pierre Pouyade, Compagnon de la Libération

Trois adhérents du comité d’Objat ont eu le plaisir d’être invités et de se rendre à une cérémonie en hommage au Général Pierre Pouyade qui a eu lieu le 27 septembre 2014 à Ségur-le- Château (19) et ce à l’initiative de l’Association « Amitié- Drjouba 19 » soutenue par Pierre-Louis Puygrenier, maire de Ségur-le-Château.

 

100_1874

 

A cette occasion, une plaque commémorative a été découverte. Elle se trouve à côté du Monument aux morts en face de la maison que possédaient les parents de Pierre Pouyade à Ségur. 

 

  

100_1881bisPierre Pouyade, dit « Pépito » né le 25 juin 1911, mort le 5 septembre 1979, a été entre autres Commandant du Régiment 2/30 Normandie-Niemen à partir de 1943. Pour ses actions courageuses, sa lutte contre l’Allemagne nazie et ses alliés, il a eu de nombreuses décorations telle la Croix de guerre 39/45 (13 citations), Médaille de la Résistance, Grand Croix de la Légion d’Honneur et il est un  Compagnon de la Libération.  

Après la guerre, il a été aussi un temps député de la Corrèze… Il a reçu le Prix Lénine International pour la paix en 1977 et est très connu en Russie  puisqu’ une quarantaine d’écoles portent son nom.

De nombreuses personnalités ont assisté à cette cérémonie dont le général Gilles Modéré, (à droite sur la photo) commandant en second des forces aériennes françaises, le colonel Yann Malard, (à gauche) commandant du régiment d’aviation Normandie-Niémen, basé à Mont de Marsan (régiment actuellement en mission avec les « Rafale »).    Le général Gilles Modéré et le colonel Yann Malard                                                            100_1882bis  

 

           Après le mot d’accueil de monsieur Puygrenier, maire de Ségur, madame Sage-Pranchère a expliqué le déroulé de la cérémonie et lu des messages reçus de personnalités venant de différentes parties du monde relatant toutes le parcours exemplaire de Pierre Pouyade et l’ importance de l’escadrille Normandie-Niemen.

Ont pris la parole ensuite monsieur Leonid Kadychev, ministre conseiller de l’ambassade de Russie en France, monsieur Alain Fage, conservateur du musée Normandie Niemen, messieurs Jean Pierre  Bechter et Pierre Pranchère, anciens députés de la Corrèze.                                                                                                            100_1884    100_1886bis   100_1887                                                

100_1885Après l’écoute attentive et respectueuse de la Marseillaise, la chorale d’Amitié Drjouba 87 a chanté une chanson russe, écrite après la guerre traduite en français pour une partie, à la gloire du Régiment 2/30 Normandie-Niemen.   

Download PDF

Roger Reynal, nom de code Maurice ou Raton

Le comité d’Objat vient de perdre le membre le plus âgé de son  conseil d’administration.

Monsieur Roger Reynal , né le 19 juin 1922 à Voutezac (19) est mort le 19 septembre 2014 à Brive.

Il faisait partie de ceux qui avaient accepté de parler de leur engagement dans la Résistance devant un micro auprès de deux Amis du comité d’Objat il y a plus de dix ans ( Son témoignage retranscrit est à lire sur ce site à « témoignages« ).

Voici un extrait de sa carte d’appartenance aux FFI.

CA FFI

Il participait activement aux réunions du conseil d’administration ainsi qu’aux assemblées générales. Il avait participé avec plaisir au dernier congrès départemental à Objat en octobre 2012. Il était encore volontaire lors de la réunion extraordinaire à Objat en mars 2013 pour la préparation du prochain congrès national qui aura lieu à Brive le mois prochain.

 OLYMPUS DIGITAL CAMERA

(Monsieur Reynal est assis à gauche de la photo prise en fin de réunion en mars 2013 par Madame Bravard)

 

Download PDF

Une anecdote à propos des 7, 8, 9 juin 44 à Tulle

Le 7 et 8 juin 1944 se déroulait le concours annuel de recrutement des nouveaux élèves-maîtres, futurs instituteurs à Tulle, préfecture de la Corrèze.

André Maury, né en 1927, un des candidats à ce concours, nous raconte:

 » Avec un copain, scolarisé avec moi au collège de Beaulieu sur Dordogne, nous étions venus jusqu’à Tulle afin de passer le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs. J’habitais Marcillac-la-Croze et nous ne connaissions Tulle ni l’un ni l’autre.

Nous avions pris une chambre à l’hôtel du Trech, pas très loin de l’école normale d’institutrices. Celle-ci était occupée par une garnison allemande mais nous devions passer notre examen au lycée  Edmond Perrier, tout proche.

Les épreuves du concours se sont déroulées normalement le 7 juin mais celles du 8 juin ont été annulées, le lycée ayant été fermé. Nous sommes donc restés dans notre chambre d’hôtel, d’où nous avons entendu quelques tirs.

En fin d’après-midi, le calme semblant être revenu, nous sommes sortis de  notre hôtel, et nous avons vu deux cadavres Place du Trech ainsi que quelques autres devant l’école normale qui avait brûlé.

Toutes les épreuves du concours n’étant pas passées, nous avons dormi à l’hôtel du Trech dans la nuit du 8 au 9 juin. Dans la matinée, nous avons entendu des bruits dans le couloir   et 2 soldats de la « Das Reich » sont entrés dans notre chambre. A mon avis ils devaient être Alsaciens car ils parlaient parfaitement le français. La femme de chambre leur avait déjà dit que nous étions de jeunes collégiens venus passer un examen – « Trop jeunes, viens ! », a dit l’un deux à l’autre. Ils sont repartis sans plus d’explications.  

Voyant la tournure que prenaient les « évènements », nous avons décidé de quitter Tulle juste après le repas de midi et de rentrer à Marcillac à pied en laissant  nos valises à l’hôtel.

Nous ne connaissions pas Tulle, je répète. Nous sommes passés devant la mairie puis devant la caserne Marbeau. Là, nous avons commencé à nous rendre compte de notre imprudence devant une sentinelle allemande qui n’a pas réagi, sa surprise n’ayant eu d’égal que notre inconscience.

Nous sommes partis vers les hauteurs du côté du Marquisat en direction de Laguenne puis de Lagarde Enval. Il était déjà tard. Nous avons cherché un endroit pour manger et dormir mais personne n’a voulu nous garder, probablement plus renseignés que nous sur les arrestations d’hommes faites par les SS au même moment sur Tulle. On nous a conseillé de  couper à travers bois et de nous rendre dans le petit village de Chantarel. Une femme nous a offert gîte et couvert. Le matin du 10 juin, elle a refusé qu’on lui paye notre hébergement et nous avons repris notre chemin en évitant les routes. Nous avons ainsi rencontré deux maquisards à qui nous avons raconté ce que nous avions vu à Tulle.

Nous sommes arrivés à Marcillac-la -Croze vers midi, soulagés … mais pas pour très longtemps …

Mon copain est reparti vers son village de Bilhac….

Dans la soirée du 10, deux tanks allemands sont arrivés à Marcillac. Ils ont stationné au carrefour des routes de Beaulieu et Vayrac. Etant donné l’heure, ils allaient sûrement passer la nuit là.  Mon frère a dit que nous devions partir nous cacher dans les bois, ce qu’ont fait la plupart des hommes du village.

Nous ne savions pas  à ce moment-là les exactions faites à Tulle. »

A ce témoignage, nous pouvons ajouter celui d’une jeune habitante de Marcillac la Croze en 1944, Simone Germane, confirmant la présence de ces deux tanks qui ont tiré pendant quelques heures des balles traçantes dans toutes les directions.

Les maquisards étaient dans les bois tout autour du village mais on les avait persuadés de ne pas tenter quelque chose contre ces tanks tant qu’ils ne visaient personne afin d’éviter l’arrivée de plus d’ennemis et des représailles. Ces tanks et leurs occupants ont repris leur route au matin après être rentrés chez des habitants où ils ont seulement demandé à se raser.

Photo prise en juin 2014 de la plaque explicative mise en face de l'ancienne ecole Normale de jeunes filles

Photo prise en juin 2014 de la plaque explicative mise en face de l’ ancienne Ecole Normale de jeunes filles. (Cliquer dessus pour agrandir)

IMGP5693

Download PDF